4 jours en immersion au chant des chouettes et des loups dans le Vercors
Du 28 au 31 mars 2026, l’équipe d'Amarok s'est immergée sur les hauts plateaux du Vercors pour une session d’observation unique. Ce séjour, baptisé Vercors : séjour nature au chant des chouettes, chevêchettes et des loups, a tenu toutes ses promesses : une déconnexion totale, l'apprentissage du pistage et des rencontres animalières suspendues dans le temps. En bonus : une ambiance polaire !
Deux membres de l'expédition nous partagent leurs regards croisés : Caroline, chargée de production chez Amarok, et Gaël Deffinis, jeune photographe et vidéaste prometteur soutenu par Amarok, qui a partagé cette aventure aux côtés de nos guides Régis et Antoine.
Les coulisses de l’immersion : le confort de l'essentiel
Par Caroline, chargée de production chez Amarok
Ici, pas d'eau courante. L’eau se mérite : pour la cuisine, les gourdes et la vaisselle, nous devions marcher 10 minutes jusqu’à la source, tirant de grandes gamelles sur nos pulkas. Cette simplicité nous a fait rapidement relativiser la notion de besoins "nécessaires".
L'ambiance dans le groupe a été formidable, portée par une entraide globale au quotidien, notamment pour la préparation de repas locaux, de saison et majoritairement bio. Le duo d'accompagnateurs, Régis et Antoine, a fonctionné à la perfection. Très complémentaires, fluides et enrichissants, chacun a apporté son expertise. Grâce à eux, nous sommes repartis avec des clés de lecture précieuses pour comprendre les déplacements de la faune, analyser les empreintes de pas dans la neige, repérer les loges et décrypter les interactions entre les espèces. "
Le carnet de bord : à la rencontre de la chevêchette
Par Gaël Deffinis, jeune photographe et vidéaste soutenu par Amarok
"La gare s’efface derrière nous comme un dernier repère familier. Très vite, le minibus s’élève entre les reliefs, avalant les routes sinueuses où les paysages se dévoilent par fragments, comme des promesses. Puis vient le silence : celui du moteur coupé, remplacé par le crissement des raquettes sur la neige.
Nous avançons lentement, tirant nos pulkas, portant nos vies pour quelques jours. La montée est douce mais constante, et chaque pas nous éloigne un peu plus du monde. Le refuge apparaît enfin, discret, presque timide au milieu de l’immensité blanche. Rustique, essentiel, vivant.
L’après-midi, nous devenons pisteurs : traces furtives, empreintes figées, indices minuscules d’une vie cachée. La forêt parle bas, mais elle parle. Le repas réchauffe les corps. Et la nuit… la nuit m’accueille dehors, sous les étoiles, dans un froid mordant à -20°C. Le ciel est infini, et je m’endors dedans.
Le matin s’étire lentement dans une lumière froide. Nous repartons, attentifs au moindre signe. La neige est un livre ouvert : renard, gélinotte, blaireau… autant de passages secrets inscrits dans le blanc.
Nous avançons en silence, apprenant à regarder autrement, à écouter ce qui ne se dit pas. La chevêchette reste invisible, comme une idée qu’on effleure sans jamais la saisir. Mais l’absence devient présence : celle du calme, profond, enveloppant. La forêt nous accepte, pour un temps.
Avant l’aube, nous sommes déjà debout. Le froid pique, l’air est net. Nous partons à la rencontre des chouettes.
Puis un son. Presque rien. Une note dans le silence. La chevêchette.
Tout change. Les pas ralentissent, les regards s’aiguisent. Et soudain… elle est là. Minuscule et souveraine. En chasse. Vivante. Le temps suspend son souffle. Une heure peut-être, ou une éternité. Nous sommes là, témoins discrets d’un instant rare.
De retour au refuge, la chaleur revient doucement. L’après-midi nous emmène vers d’autres secrets : les loges de pics noirs, refuges possibles pour les chouettes. Et puis ce piège photo, mémoire silencieuse posée là depuis une semaine. Le soir, la fondue rassemble les voix et les rires. La montagne semble un peu plus proche de nous.
Dernière tentative à l’aube. Nous cherchons encore, mais la chevêchette s’est retirée, comme pour mieux préserver le souvenir. Alors nous restons simplement là, à écouter, à respirer, à emporter un peu de ce calme avec nous.
Le départ arrive trop vite. Le chemin du retour ressemble à celui de l’aller, mais quelque chose a changé. Les visages, les silences, les liens. À la gare, tout se termine comme cela avait commencé. Mais au fond, rien n’est vraiment fini. Merci à Régis et Antoine, passeurs de nature et de moments rares.
L'esprit de cette immersion
Ce séjour sur les Hauts Plateaux du Vercors est conçu comme une initiation à la patience et à la science de terrain. À cette période charnière entre la fin de l'hiver et le début du printemps, la forêt s'anime de dynamiques fascinantes que nous prenons le temps de décrypter en petits groupes.
L'expérience repose sur deux grands piliers naturalistes :
- La quête des petits strigidés : La recherche de la minuscule Chouette chevêchette et de la discrète Chouette de Tengmalm. C'est l'occasion de comprendre l'importance cruciale des vieilles forêts et des arbres à cavités (les loges de pics) pour la survie de ces espèces.
- Le Grand Témoin : Le suivi des indices de présence des grands prédateurs, notamment le Loup gris. Le séjour permet de s'initier aux techniques de pistage (analyse des voies, récolte d'indices) et de prêter l'oreille, au crépuscule, aux ambiances sonores des crêtes calcaires où résonne parfois le hurlement de la meute.