Steppe et montagnes enneigées dans l'altai - Voyage Amarok l'Esprit Nature en Mongolie
Le journal d'Amarok

Que cherchons-nous dans ces montagnes que l’on appelle célestes ?

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RECIT DE KIRGHIZIE

Février. Nous voilà en place pour une première matinée d’observation. 4 participants Amarok, 4 gardes de la réserve, guide assistant et moi-même, ce sont 10 paires d’yeux qui s’apprêtent à passer 10 jours dans un vallon isolé des hauts plateaux kirghizes dans l’espoir d’entrevoir le fantôme des montagnes d’Asie centrale. Que venons nous chercher ici ? Dans ces paysages blancs et hostiles balayés par les vents où les yourtes et les poêles sont les dernières reliques de tout le confort laissé plus bas, derrière les cols. Que cherchons nous dans ces longues vues infatigables balayant du matin au soir les versants rocheux ? Que cherchons nous pour braver l’hiver kirghize qui fige même les torrents les plus impétueux ?

Chacun possède sans doute une réponse plus ou moins consciente, plus ou moins rationnelle au fond de lui-même. Quoiqu’il en soit, être ici aujourd’hui à chercher celle qui symbolise le mieux la beauté et le mystère de ces montagnes est pour tous un aboutissement et surtout un sacré challenge. Et nous sommes tous là sur la butte d’observation ce matin unis par le même espoir et les mêmes frissons.

 

Garde de réserve kirghize observant le paysage aux jumelles - Voyage Amarok l'Esprit Nature

Quelques jours auparavant, les gardes avaient observé 3 panthères des neiges se nourrissant sur une carcasse de bouquetin à deux heures de marche d’ici. La population de panthère de la réserve est maintenant assez bien connue car depuis 2016 les pièges photographiques posés lors des expéditions estivales en sciences participatives permettent de l’étudier et d’identifier individuellement chaque individu. Ce qui nous permet d’estimer la population à environ 25-30 panthères minimum sur 110 00 hectares dans la réserve où nous nous trouvons aujourd’hui. Etant donné son pelage-camouflage parfait, ses habitudes crépusculaires, et sa tendance à dormir une grande partie de la journée, croiser l'une de ces créatures relève du hasard le plus total. Seul un balayage systématique du paysage à plusieurs observateurs répété plusieurs jours d’affilé laisse quelques chances de l’observer.

Hauts plateaux kirghizes en hiver - Voyage Amarok l'Esprit Nature
Observation de la Panthère des Neiges en Kirghizie - Voyage Amarok l'Esprit Nature
La panthère eut-elle pitié de nous ? Si peu adapté que nous sommes à son environnement. Où fut-elle flattée que nous ayons organisé sur son territoire le premier séjour sur l’observation de la panthère des neiges au Kyrgyzstan ?  Toujours est-il qu’elle se montra au bout de ma longue-vue, chose tout à fait incroyable et totalement inattendue après seulement une heure d’observation.

Telle une statue elle posait assise au sommet d’un rocher bien détachée sur fond de ciel. La distance était grande mais c’est le souffle coupé et le cœur battant que nous avons pu l’observer pendant presque une heure escaladant les falaises d’un pas lent et assuré, méprisant la verticalité comme tout chat hautain qui se respecte.

Les jours suivant nous avons observé à deux reprises pendant plus d’une heure très probablement la même panthère grâce à Jirgal, garde et berger aux yeux d’aigle ne faisant confiance qu’à sa paire de jumelles et dédaignant utiliser les longues-vues. Les observations étaient plus proches que la première fois et ont permis d’admirer le félin traversant des versants enneigés dans toute sa grâce. Un autre matin des traces extrêmement fraiches relevées en face des yourtes nous ont informé de sa présence quelques heures avant l’aube sans que l’animal ne daigne montrer le bout de sa queue. Les indices de présence, grattages, excréments, traces, urine sur rochers plus ou moins anciens étaient fréquents dans la vallée.
Bouquetin dans la montagne

Le dernier jour alors que nous commencions à plier bagage, c’est encore Jirgal qui a détecté une meute de 8 loups se déplaçant en crête puis prenant en chasse un mouflon des Tian shan mâle. Ce dernier dévalant la pente à toute allure s’est rapproché de nos yourtes ce qui lui a sans doute valu la vie sauve. Ses poursuivants restants méfiants vis-à-vis de ces nouveaux voisins bipèdes.


De retour vers la civilisation, les yeux emplis de beauté, les poumons gonflés à l’air pur et l’esprit lavé de tout le superflu, nous n’avons toujours pas répondu à la question :


Que cherchons-nous dans ces montagnes que l’on appelle célestes ?

Bastien CHAIX, guide spécialiste de l'Asie centrale. 

Crédits photos : Bastien CHAIX. 

Yourte au Kirgizsthan