RECIT DE KIRGHIZIE
Quelques jours auparavant, les
gardes avaient observé 3 panthères des neiges se nourrissant sur une carcasse
de bouquetin à deux heures de marche d’ici. La population de panthère de la
réserve est maintenant assez bien connue car depuis 2016 les pièges
photographiques posés lors des expéditions estivales en sciences participatives
permettent de l’étudier et d’identifier individuellement chaque individu. Ce
qui nous permet d’estimer la population à environ 25-30 panthères minimum sur
110 00 hectares dans la réserve où nous nous trouvons aujourd’hui. Etant donné
son pelage-camouflage parfait, ses habitudes crépusculaires, et sa tendance à
dormir une grande partie de la journée, croiser l'une de ces créatures relève du
hasard le plus total. Seul un balayage systématique du paysage à plusieurs
observateurs répété plusieurs jours d’affilé laisse quelques chances de
l’observer.
Telle une statue elle posait
assise au sommet d’un rocher bien détachée sur fond de ciel. La distance était
grande mais c’est le souffle coupé et le cœur battant que nous avons pu
l’observer pendant presque une heure escaladant les falaises d’un pas lent et
assuré, méprisant la verticalité comme tout chat hautain qui se respecte.
Le dernier jour alors que nous
commencions à plier bagage, c’est encore Jirgal qui a détecté une meute de 8
loups se déplaçant en crête puis prenant en chasse un mouflon des Tian shan mâle.
Ce dernier dévalant la pente à toute allure s’est rapproché de nos yourtes ce
qui lui a sans doute valu la vie sauve. Ses poursuivants restants méfiants
vis-à-vis de ces nouveaux voisins bipèdes.
De retour vers la civilisation,
les yeux emplis de beauté, les poumons gonflés à l’air pur et l’esprit lavé de
tout le superflu, nous n’avons toujours pas répondu à la question :
Que cherchons-nous dans ces
montagnes que l’on appelle célestes ?